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AI Forcing : quand l’IA dans les interfaces nous rend (un peu) plus idiots

Par 
Erwan
5/3/2026
Nantes, réunion d'équipe du 3 février. On passe au point veille d’Alex. Il nous partage son écran.

Alex : — J'ai un truc qui m'a interpellé cette semaine. Airtable est en train de mettre de l'IA dans le moteur de filtres. Celui qui était, d'un point de vue UX, absolument remarquable. Ils ont rajouté un champ "décrivez ce que vous voulez voir". Franchement, je ne comprends pas pourquoi faire ça. Et ça illustre bien un truc dont on entend de plus en plus parler en ce moment : l’IA forcing. Quand un outil te rend impossible de ne pas passer par l’IA.

Erwan : — L'impossibilité de le virer, ou l'impossibilité de faire à la main versus passer par l'IA ?

Alex : — Ça dépend des cas. Là, tu peux encore faire à la main, mais c'est clairement pas mis en avant. J'ai testé : j'ai dit "je veux les épisodes de podcast de la série Radio", et il m'a sorti le filtre. Instantanément, certes. Alors qu'en fait, la bonne manière de faire, c'était juste de sélectionner le bon champ. Taper la phrase m'a pris plus de temps que de faire l'action directement ! Sans compter la consommation de ressources qui va avec.

Micha : — Ouais, et techniquement c'est pas anodin. Derrière, t'as un appel API à chaque fois. Pour créer un filtre. C'est un peu comme sortir une voiture du garage pour aller chercher sa boîte aux lettres.

Erwan : — Il y a trois choses là-dedans. Un : je fais même si je ne sais pas faire — donc ça me dépossède d'une compétence. Deux : je sais faire, mais la flemme. Et trois : le vocal va rendre encore plus fainéant, parce que demander à voix haute c'est encore moins d'effort.

Louise : — C'est exactement ce qu'on voit en formation. Les filtres Airtable, c'est l'un des meilleurs exemples d'interface qui apprend quelque chose à l'apprenant en même temps qu'elle lui simplifie la vie. C’est super puissant en termes d’impact pédagogique ! En 20 minutes, les gens comprennent les opérateurs logiques. Si on leur dit "décris juste ce que tu veux", on leur enlève cette occasion-là.

Alex : — Et ça, c'est vraiment symbolique. Tout le mouvement no-code repose sur des designers qui ont inventé des manières d'implémenter de la logique booléenne de façon visuelle, accessible. Là, ils ont gâché en mettant de l'IA par-dessus, et en priorité te le poussant en priorité. C'est ça, le AI forcing.

Erwan : — Ou de l’ ”AI pushing”, en tout cas. Car tu as quand même le choix de faire autrement, mais ils te “poussent”” à utiliser le module d'IA en le mettant en premier.

Enguerrand : — Côté client, c'est double tranchant. D'un côté ça peut rassurer les gens qui ont peur de l'outil — "t'as juste à écrire ce que tu veux". De l'autre, si derrière ils ne comprennent pas ce qu'ils ont fait, ils vont rappeler le support dès que ça marche plus.

Quentin : — C'est exactement ce qui se passe dans les questions qu'on reçoit à l'université. Les gens qui ont utilisé l'IA pour avancer dans un exercice, quand ça coince, ils ne savent pas où regarder. Ils ont le résultat mais pas le chemin.

Yacine : — La logique de filtre, elle fait appel à des fonctions cognitives d'inclusion, d'exclusion, qui sont de plus en plus compliquées à appréhender. Il y a des gens qui galèrent vraiment à se projeter là-dessus.

Erwan : — Absolument. Et justement, c'est là où c'est dommage — parce que entraîner ses muscles logique, c’est important pour les humains ! Et l'interface visuelle d'Airtable, c'est précisément ce qui permettait de l'apprendre sans s'en rendre compte. C'est un peu comme Scratch pour apprendre la programmation informatique aux enfants.

Melissa : — C'est insidieux parce que tu ne sais même pas que tu perds quelque chose. T'es juste... en train de construire sans apprendre à construire, en fait.

Erwan : — C’est comparable à l’exemple que je donne de pus en plus souvent : à force d'utiliser Google Maps, je me suis rendu compte que j'avais vraiment perdu le sens de l'orientation. Depuis plusieurs années, je me force parfois à ne pas l'ouvrir. Là, c'est pareil — soit tu t'atrophies, soit tu entraînes tes fonctions cognitives.

Yacine : — Et le pire c'est qu'on ne peut pas juste dire aux gens "faites-le à la main". Faut leur donner envie de ne pas céder à la facilité. Faut que ce soit satisfaisant de comprendre comment ça marche.

Erwan : — Exactement. C'est comme quand ton automatisation marche enfin, ou quand ta vue Airtable s'affiche exactement comme tu l'avais imaginée. Il y a une vraie satisfaction là-dedans. C'est ça qu'on doit continuer à vendre.

Micha : — En tout cas, nous, on va pas laisser l'IA faire les filtres à notre place en formation.

[Rires]

Erwan : — Voilà. Je pense qu'il y a quelque chose à écrire là-dessus dans notre manifeste.

Je pense que cette discussion parle d’elle-même. Je n’en commenterai donc pas le contenu, mais c’est une belle occasion d’ajouter un peu de mise en perspective !

AI forcing ou AI pushing : quelle différence ?

La nuance est importante. Il y a le vrai AI forcing — où l'interface ne vous laisse plus le choix que de passer par l'IA. Et l'AI pushing (©️ Contournement  😎) — où elle vous y pousse fortement, mais vous laisse quand même une porte de sortie.

Le cas Airtable, c'est plutôt de l'AI pushing pour l'instant. Mais la direction est la même : à force de proposer l'IA en premier pour tout, certains réflexes et compétences vont clairement finir par s'atrophier. Si vous avez des exemples d'outils qui pratiquent le vrai AI forcing — où vous n'avez plus le choix — on est preneurs de ces exemples.

Le contre-exemple qui fonctionne : la recherche dans Notion

Pour ne pas donner l'impression qu'on est contre toute intégration de l'IA dans les interfaces, voilà un cas qu'on trouve vraiment bien fait.

Comme on vous le détaillait dans cet article, dans Notion, vous pouvez chercher par mots-clés comme dans un moteur de recherche classique, ou formuler votre recherche comme si vous le demandiez à un collègue : "Trouve-moi la note sur notre stratégie de contenu de l'année dernière, dans laquelle on mentionnait le vibe-coding et une citation de Paul Graham". Là, L'IA intervient là où elle a une vraie valeur ajoutée — retrouver une information dans un espace de travail qui en contient des milliers, qu'il aurait été chronophage de rechercher — et ce idéalement sans se substituer à l'acte de l'avoir structurée et rangée en premier lieu.

C'est ça, mettre le curseur au bon endroit entre délégation à l’IA et faire-soi-même.

Et l'argument écologique

Un dernier angle, difficile à ignorer : l’IA demandera toujours plus (voire BEAUCOUP plus) de ressources et d’énergie qu’une manipulation faite manuellement. Une bonne raison de se demander si mobiliser une IA pour créer un filtre dans une base de donnée est vraiment le bon usage...

Bien souvent, un bon vieux pointer-cliquer fait très bien l'affaire.

Pour aller plus loin

Ce sujet, on ne l'aborde pas pour la première fois. On en a déjà parlé dans notre article sur le workslop et celui sur la délocalisation cognitive — n'hésitez pas à y jeter un œil si vous voulez creuser.

Deux ressources externes qu'on vous recommande chaudement aussi.

D'abord, la newsletter Cybernetica de Tariq Krim, qui formule peut-être mieux que quiconque ce qui est en jeu en ce moment :

"Il serait idiot d'atrophier son cerveau au moment géopolitique où on en aura le plus besoin !"

Et ensuite, la vidéo de Micode, "La Fabrique à Idiots" — 38 minutes qui valent vraiment le détour, et qui traitent exactement de ce dont on parlait à Nantes ce jour-là : l'IA ne va pas nous remplacer. Elle va nous rendre idiots, si on la laisse faire.

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À retenir : les points clés

  • L'AI forcing, c'est quand un outil vous oblige à passer par l'IA. L'AI pushing, c'est quand il vous y pousse fortement mais vous laisse le choix.
  • Certaines interfaces visuelles ont une vraie valeur pédagogique : elles apprennent à structurer sa pensée logique. Les court-circuiter avec l'IA, c'est potentiellement perdre cette occasion.
  • "Ils ont le résultat mais pas le chemin" — c'est un vrai risque, autant en formation qu'au quotidien.
  • Le bon curseur : l'IA pour retrouver ce qu'on a structuré soi-même et ce qu’il est important de garder comme faculté, pas pour tout faire à notre place.
  • Une requête IA consomme potentiellement bien plus d'énergie qu'un simple clic — une raison supplémentaire de se demander si c'est le bon outil pour chaque situation.
  • La vraie question : dans quel cas déléguer à l'IA nous rend-il plus productif·ves sans nous appauvrir cognitivement ?

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Pour vous former à l'IA, aux outils no-code, à la productivité moderne, ainsi qu'aux méthodes et bonnes pratiques qui les entourent, vous pouvez regarder du côté :

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