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IA et cognition : retour d’expérience sur un dîner transdisciplinaire entre santé, éducation et travail
Par
Erwan
,
19/3/2026
Quelle ne fut pas ma surprise quand Margaux Pelen - professionnelle de la curation stratégique sur les sujets d'IA, et connectrice-fédératrice de passionné·es par ces thématiques - m'a proposé de participer à un dîner en comité restreint, un peu confidentiel, sur la thématique "IA & cognition, it's complicated" (”IA et cognition : une relation tumultueuse”).
Organisé en tandem avec Marine Buclon, ce dîner était transdisciplinaire comme rarement : des professionnel·les et praticien·nes de l'IA (dont un responsable IA de grande entreprise ayant frôlé le burn-out à force d'un usage trop intensif), des enseignant·es-chercheur·ses, une philosophe, une coach de dirigeant·es, des représentant·es de la vision l’international avec des structures comme la Banque mondiale sur les sujets d'IA et d'éducation à l'IA, ainsi que trois représentant·es du médical, de la santé et des sciences cognitives.
Je ne nommerai aucun·e des convives : le principe, c'est l'anonymat total, pour que chacun·e puisse s'exprimer avec une totale honnêteté. Ce qui est aux dîners Tandem reste aux dîners Tandem.
Ce que je retiens
Premier constat : quand on réunit des gens de domaines très différents autour de l'IA, on se retrouve vite face au problème de l'éléphant. Plusieurs personnes dans une pièce dans le noir, chacune tenant une partie de l'animal - l'une tient la patte et dit que c'est un arbre, l'autre tient la queue et dit que c'est une corde. On ne parle pas des mêmes choses, car nous scrutons et vivons l’IA dans des contextes très différents. Quand on évoquait les "vendeurs de rêves", je pensais aux arnaques à la formation, eux pensaient aux techno-solutionnistes. Quand on parlait d'"agent IA", personne ne voulait dire la même chose autour de la table.
Ça fait du bien, aussi, de sortir de sa bulle en termes de technique et de pratiques. On a parfois l'impression que tout le monde utilise l'état de l'art - et en fait, non, on en est très loin.
Parmi les concepts et idées qui m'ont le plus marqu.
Sur la pédagogie autour de l’IA
La distinction importante entre former à l'IA et former via l'IA, souvent source de confusion lors du dîner.
Former, éduquer, entraîner : trois choses différentes - la distinction ****entre former à l'IA et éduquer sur l'IA a été plusieurs fois relevée. ****J'y ai ajouté une troisième dimension : il faut aussi entraîner par la pratique, pour ancrer les bons réflexes et éviter les dérives qu'on développe - souvent sans s'en rendre compte.
Le modèle finlandais : former tout le monde - pas seulement 5 % des citoyens et des jeunes - à l'IA et à ses enjeux.
Sur la les dérives cognitives et de santé :
Le "one last prompt" - comme “un dernier verre”. Une image qui traduit bien la dimension addictive à laquelle se confrontent pas mal d'utilisateur·ices. L'une des médecins spécialisées dans le burn-out a expliqué comment le cortisol permanent pouvait renforcer l'effet addictif et modifier le cerveau.
La friction comme nécessité : une philosophe défendait l'idée qu'il faut réintroduire de la friction dans la vie quotidienne. Tout ne doit pas être simple. Ce que ça m’inspire, ce serait que sans friction, on perd le ressenti concret de la réalité - tout devient liquide, gazeux. J'ajouterai : sans friction, pas de proprioception intellectuelle non plus.
Le garbling : le fait de limiter volontairement la précision de l'IA pour laisser de la place à la réflexion et à la créativité humaine. Ne pas tout faire faire par la machine - intentionnellement.
La souveraineté cognitive : un concept qui résonne forcément beaucoup chez nous, et qui doit s'appuyer sur la capacité à mutualiser ensuite via l'IA - pas à s'y dissoudre.
L'hygiène cognitive comme pratique de travail - par exemple, ne jamais rien noter, ni par écrit ni à l'oral, c'est la porte ouverte au flou mental total. Même quand tout est transcrit et recherchable dans son espace de travail, fixer les choses mentalement reste essentiel. Les bonnes pratiques de travail, c'est aussi une forme d'hygiène cognitive.
Et plusieurs points de plus haut niveau ou plus généralistes :
Une perspective historique saisissante : un auteur de livre qui était présent expliquait qu’avant le XVIe siècle, l’incertitude dominait. On lisait encore dans les entrailles des animaux pour décider. Depuis l'invention des probabilités, on a progressivement réduit l'incertitude - et l'IA en est aujourd'hui le paroxysme, reproduisant la réalité à partir d'un modèle probabiliste et de scenarii. Paradoxe : cette réduction maximale de l'incertitude individuelle crée une incertitude massive au niveau macro.
Le corps comme réceptacle et boussole : au début du dîner, chacun·e avait un mot-clé - le mien était "corps". L'idée de ressentir physiquement ce que l'IA nous fait, mais aussi de profiter de l'IA pour remobiliser son corps : dicter plutôt que taper, marcher en dictant, sortir de la crispation permanente sur un clavier. L'IA comme levier pour travailler autrement, pas seulement plus vite.
L'IA et le médical : des résultats contrastés - sur certaines études, l'IA surpasse les médecins sur des diagnostics. Mais pour le triage aux urgences, elle a beaucoup de ratés. Un rappel utile : l'IA excelle dans des contextes balisés, beaucoup moins dans les situations complexes et contextue lles.
La dérive géopolitique, signe de quelque chose - dès qu'on aborde un sujet précis sur l'IA, on monte rapidement sur des enjeux de société plus larges. Le sujet était IA et cognition, pourtant. Ce n'est pas un défaut de la conversation - c'est peut-être le signe que l'IA touche à quelque chose de fondamentalement politique.
Et puis un constat qui confirme que notre vision résonne : l'idée d'une IA démocratique, performante, pro-worker - au service du travailleur plutôt que contre lui - a semblé parler à pas mal de gens autour de la table, quand j’en parlais. C'est une direction qu'on continue d'affiner chez Contournement.
Bravo à Margaux et Marine pour avoir organisé ça. J'espère bien être réinvité·e. 🙂
{encadré}
À retenir : les points clés
Un dîner transdisciplinaire et anonyme autour de "IA et cognition, it's complicated"
Médecins, chercheur·ses, philosophe, coach, praticien·nes IA, représentant·es d'organisations internationales - des regards très différents sur l'IA
Parmi les concepts clés abordés : "one last prompt" (dimension addictive), garbling (limiter volontairement l'IA), friction cognitive, souveraineté cognitive
Le problème de l'éléphant : quand on parle d'IA, on ne parle souvent pas tous de la même chose
Le corps n'est pas hors sujet : l'IA peut aussi être un levier pour remobiliser son physique au travail — marcher, dicter, sortir du clavier
L'IA en médecine : très forte sur les diagnostics balisés, beaucoup moins sur le triage d'urgence — les limites sont réelles
Former, éduquer, entraîner : trois dimensions distinctes pour une vraie adoption de l'IA
L'hygiène cognitive comme pratique de travail : noter, récapituler, fixer — même quand tout est transcrit
Notre vision d'une IA pro-worker et démocratique a résonné autour de la table
{/encadré}
{encadré}
Ces questions sur l'IA et la cognition, on les prend très au sérieux dans nos formations. L'idée n'est pas d'utiliser ces outils à tout prix, mais de comprendre comment bien les utiliser - et où placer le curseur. Si vous voulez explorer ça de manière concrète et outillée :