Prochaine formation "Concevoir, exploiter et gouverner une base de données avec Airtable" éligible CPF : du 17 au 19 juin 2026. Plus d'infos ici !
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Il y a un phénomène assez caractéristique de l'époque : l'IA avance tellement vite que le vocabulaire qui l'entoure peine à suivre. On se retrouve avec une avalanche d'anglicismes, de néologismes, de concepts qu'on voit passer sur LinkedIn sans vraiment savoir ce qu'ils recouvrent.
On a sélectionné sept d'entre eux - pas les plus médiatisés, mais ceux qui nous semblent vraiment utiles pour comprendre ce qui est en train de se passer. Et surtout, pour s'y repérer sans se faire balader.

Le modèle classique, c'est le B2C : une entreprise (Business) s'adresse directement à un·e consommateur·rice (Consumer). Le B2A2C, c'est l'irruption d'un intermédiaire : l'Agent IA.
Concrètement : de plus en plus de personnes ne vont plus chercher l'information directement sur un site, un blog ou une newsletter. Elles posent leur question à ChatGPT, Claude, Perplexity ou autre - et c'est l'IA qui leur répond, en synthétisant, reformulant, parfois en choisissant à leur place ce qui mérite d'être lu.
L'IA devient donc un proxy informationnel (un intermédiaire qui filtre et reformule l'information) entre le producteur de contenu et son lecteur·rice. Ce n'est plus votre article qui est lu - c'est un résumé généré par une IA à partir de votre article, ou de dix articles similaires au vôtre.
Ça soulève deux questions importantes :
Dans la continuité du B2A2C, il y a ce concept de "liquid content" (contenu liquide) : l'idée que le contenu que vous produisez va changer de forme entre le moment où vous le créez et le moment où quelqu'un le consomme.
Un article long peut devenir un podcast grâce à NotebookLM. Une vidéo YouTube peut être transformée en fiche de synthèse par une IA. Un rapport de 40 pages peut être résumé en 5 bullet points avant même d'être ouvert.
Le contenu est donc "liquide" : il prend la forme du contenant dans lequel il est versé. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose - c'est une réalité à intégrer. La question n'est plus seulement "est-ce que mon contenu est bon ?" mais aussi "est-ce qu'il reste pertinent et fidèle à ma pensée une fois transformé ?"
Une "AI-first company" (qu’on pourrait traduire par “une entreprise IA avant tout”) ne se contente pas d'utiliser l'IA comme un outil parmi d'autres. Elle l'intègre au cœur de ses processus, de son organisation, de ses décisions. L'IA n'est pas une fonctionnalité ajoutée par-dessus l'existant - c'est le point de départ de la réflexion.
Ça peut se traduire de plusieurs façons : des équipes qui conçoivent leurs workflows en partant d'abord de ce que l'IA peut faire, des processus entièrement repensés plutôt que simplement "augmentés", ou encore des recrutements qui intègrent dès le départ la maîtrise des outils IA comme compétence de base.
C'est un changement de posture profond. Il ne s'agit plus de se demander "où est-ce qu'on peut ajouter de l'IA ?" mais "comment on travaillerait si on repartait de zéro aujourd'hui, avec l'IA ?"
Sur ce sujet, notre point de vue à date est qu’on se dit qu’une bonne chose serait plutôt que les entreprises et les humains utilisent l’IA pour s’augmenter, mais pas pour remplacer des pans entiers des équipes ou de l’activité.
Et que cela fera même une énorme différence à l’avenir entre des compétences consistantes et de la qualité authentique.
Mais malheureusement, il y a fort à parier qu’une grosse part des gagnant·es à court-terme et à long-terme seront celles et ceux qui prendront le parti de l’IA-first.
Il faudra faire des choix éthiques et intellectuels : choisir sa vision du monde, sa façon de consommer, et sa façon de travailler. Et tout ça a déjà commencé.
L'"AI-forcing" (”forcer à utiliser l'IA”), c'est quand une interface vous oblige à passer par l'IA - non plus comme une option, mais comme seul chemin possible. L'outil no-code Softr, par exemple, a supprimé la modification manuelle du style de certains blocs : désormais, impossible de personnaliser l’aspect de ces blocs spécifique à la mail, il faut obligatoirement passer par l'IA intégrée. Ce n'est plus une suggestion - c'est une contrainte.
Si vous voulez creuser le sujet, on a écrit un article entier là-dessus : AI-forcing : quand l'IA dans les interfaces nous rend un peu plus idiots.
Et là, pour le coup, on a donné une opinion tranchée et approfondie !
Le "cognitive offloading" (”délocalisation cognitive”), c'est le fait de confier à un outil externe une tâche que notre cerveau faisait lui-même jusqu'alors. Avec l'IA, ce phénomène prend une ampleur inédite : on délègue des tâches de plus en plus complexes, au risque d'atrophier certaines capacités à force de ne plus les solliciter.
Si vous voulez creuser le sujet, notre article sur le “workslop” en parle en détail : Workslop : comment l'IA mal utilisée pollue le travail et comment s'en protéger.
Le "knowledge collapse" (”effondrement de la connaissance”) opère en réalité sur deux niveaux.
Le premier, c'est la convergence : si tout le monde utilise les mêmes outils IA, entraînés sur les mêmes données, on tend progressivement vers les mêmes réponses, les mêmes cadres de pensée, les mêmes angles morts. L'IA ne censure pas - elle tend vers la moyenne, vers ce qui est le plus représenté dans ses données d'entraînement.
Le second niveau est peut-être plus inquiétant : l'assèchement des sources. Les humains produisent de moins en moins de connaissances brutes, parce qu'ils posent leurs questions à l'IA plutôt que de contribuer à des espaces collectifs. Stack Overflow (une plate-forme de référence d’entraide et partage de connaissances entre développeur·ses), en est l'exemple le plus documenté : depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, le nombre de questions posées sur la plateforme a chuté de 76 % (source : Devclass). Une étude scientifique publiée dans Scientific Reports a confirmé ce lien de causalité, montrant que la sortie de ChatGPT a entraîné une baisse nette du trafic et des contributions sur Stack Overflow (source : Nature).
Et c'est là que le cercle vicieux se referme : les modèles d'IA se sont entraînés sur les données de Stack Overflow, ont asséché le trafic de Stack Overflow, et Stack Overflow revend désormais ce dataset déclinant aux entreprises d'IA (source : TMS Outsource). Si les humains arrêtent de produire de la connaissance, les prochains modèles s'entraîneront en partie sur du contenu généré par l'IA elle-même - ce qu'on appelle le "model collapse". La boucle est bouclée.
Face à tout ce qui précède, le "critical ignoring" (”ignorance critique” ou “ignorance choisie”) est peut-être la compétence la plus sous-estimée du moment. Ce n'est pas de l'ignorance au sens négatif du terme - c'est la capacité à décider délibérément à quoi on prête attention, et à quoi on ne la prête pas.
Dans un monde où l'information est surabondante, où les outils IA vous proposent en permanence du contenu, des suggestions, des résumés - savoir ignorer activement et stratégiquement est devenu une forme d'hygiène intellectuelle. C'est le contrepoint sain à l'AI-forcing : là où l'interface essaie de capter votre attention, le critical ignoring vous invite à reprendre le contrôle de ce qui mérite vraiment la vôtre.
Ce n'est pas un repli. C'est une posture de discernement.
Et ça, on aime. On invite à adopter. Et peut-être même qu’on va bientôt former dessus, qui sait ?
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Ces concepts ne sont pas que théoriques - ils décrivent des transformations qui affectent déjà la façon dont on travaille, dont on apprend, dont on produit et consomme de l'information. Pour développer un rapport lucide et maîtrisé à l'IA, les comprendre est un bon point de départ. Les intégrer dans vos pratiques professionnelles, c'est ce qu'on vous aide à faire chez Contournement.
Et en plus, toutes ces formations sont finançables (CPF, OPCO, etc.). N'hésitez surtout pas à nous contacter !
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