Manifeste

Imaginons que vous ayez l’idée de créer une application mobile – par exemple, un AirBnB des gardiennages de chats à domicile.

Vous vous diriez certainement  que vous n’avez pas les moyens de financer la création de cette application. Alors qu’aujourd’hui, il vous serait possible de réaliser rapidement ce type de projets, sans avoir à maîtriser le code informatique.

En l’occurrence, en utilisant un outil qui s’appelle Bubble, qui permet de développer des applications mobiles de manière visuelle, et sans connaissances préalables. Encore mieux : en utilisant Bubble, et en s’appuyant sur Zeroqode, qui vous permettra de partir d’un modèle préconçu comparable à un AirBnB simplifié. Ainsi que Zapier, qui permet de connecter des services entre eux (tableur, calendrier, etc.) Il s’agit de trois exemples d’outils dits “no-code”.

Avec ces outils ‘no-code”, qui existent depuis de nombreuses années, mais n’ont que récemment atteint un stade de maturité et de diversité rendant possible une adoption large, des champs jusqu’alors inédits s’ouvrent à nous.

Nous sommes >Contournement>, un ensemble d’individus, de formations et projets qui ont la volonté de démocratiser les outils “no-code”, et les bonnes approches qui leur donnent toute leur valeur.

Voici notre vision et nos convictions sur cette révolution technologique récente, dont personne ne parle encore vraiment

La puissance des technologies “no-code”

Traditionnellement, pour faire faire aux ordinateurs ce que l’on veut qu’ils fassent, il faut savoir parler le langage que les machines comprennent : le code informatique.

A l’heure où le web et l’informatique sont omniprésents, à l’heure où “le numérique dévore le monde”, beaucoup ont  un besoin ou une idée faisant appel à du code. Et généralement, cette contrainte technique a vite fait de réduire ces ambitions à néant.

Mais aujourd’hui, des non-expert-e-s qui n’ont jamais appris le code ou la programmation informatique peuvent se lancer dans des réalisations qui auraient nécessité le travail de plusieurs ingénieurs expérimentés il y a encore 10 ans :

  • créer un site web avancé ou une application mobile complexe, sans écrire la moindre ligne de code.
  • concevoir pour soi-même des outils numériques sur mesure, pour mieux gérer son travail, pour automatiser des tâches du quotidien,  et mieux se concentrer sur l’essentiel.
  • créer sans coder des chatbots, objets connectés, jeux vidéos, réalité augmentée, réalité virtuelle, etc., qui relevaient de la science-fiction il n’y a pas si longtemps de cela.

Ces outils de plus en plus puissants sont communément appelés “technologies no-code”.

Certaines startups ont d’ailleurs déjà bâti le succès de leurs produits et services sur ces technologies, comme Dividend Finance, qui a levé 330 M$, ou Plato, qui a des milliers d’utilisateurs payants, et qui reposent  sur des applications construites sur Bubble, un outil no-code de référence.

Notre mission : émanciper vos projets des complexités techniques

>Contournement> est une initiative qui est née du constat de la maturité de ces technologies “no-code”, et a pour objectifs :

  • d’en démocratiser la maîtrise pour celles et ceux qui le désirent, en fonction de leurs besoins (créer une entreprise, créer une application, outiller une initiative ou une équipe, automatiser un processus, optimiser sa productivité personnelle, etc.).
  • d’émanciper psychologiquement et techniquement les individus ou les structures d’une vision trop centrée sur l’enjeu technique, pour leur permettre de se concentrer sur leurs objectifs, et sur les bonnes méthodes pour les atteindre.
  • de tirer parti de ces technologies à forte valeur ajoutée également à des fins sociales et solidaires (potentialisation d’initiatives porteuses de progrès social, capacitation de profils rencontrant des obstacles dans leur trajectoire, etc.), dans la suite logique de la vision de TharGo, structure co-fondatrice de >Contournement>.

En d’autres termes, l’objectif de >Contournement>, c’est de donner les moyens de s’approprier les moyens de production contemporains du web, en facilitant l’accès au meilleur des technologies no-code.

>Contournement> : pour qui, pour quels besoins et pour quelles causes ?

Pour ce faire, >Contournement> a pour conviction que chaque profil et chaque contexte peuvent avoir à terme un format adapté à son besoin :

  • pour des porteur-se-s de projets entrepreneuriaux ou associatifs désireu-se-s de construire eux/elles-même leur application web ou mobile : pour des individus ou professionnel-le-s désireux-se-s de s’initier et d’enrichir leurs compétences : des formats de formations, ateliers et coaching plus courts, sur des temporalités régulières, et des modules de formation accessibles en ligne
  • pour des structures désireuses d’internaliser ces outils et compétences :
    • des formats d’alternances internes pour des salariés
    • des formations solidaires de demandeurs d’emplois recrutables au terme de leur cursus
  • pour toute personne désireux-se de devenir un artisan du no-code, un “maker”  comme le désigne les anglo-saxons, pour quelque raison que ce soit

Aussi, >Contournement> a pour objectif, à terme, de tirer parti de ces technologies à forte valeur ajoutée également à des fins sociales et solidaires (potentialisation d’initiatives porteuses de progrès social, capacitation de profils rencontrant des obstacles dans leur trajectoire, etc.), dans la suite logique de la vision de TharGo, structure co-fondatrice de >Contournement>.

Au fur et à mesure, nous tâcherons de fédérer toutes ces parties prenantes au sein  des “Compagnons du contournement”, réseau ayant vocation à réunir les artisans du no-code qui le voudront. Parmi les objectifs : d’envisager comment aller plus loin dans la création de valeur  (sociétale, non-marchande et pédagogique notamment) que peuvent occasionner la maîtrise des technologies no-code.

Pourquoi “>Contournement>” ?

Nous nous appelons >Contournement> parce que nous considérons qu’utiliser des technologies plus accessibles, peut permettre de contourner de nombreux obstacles, de “bypasser” certaines contraintes.

1/ Le no-code est un bon moyen de réaliser soi même quelque chose que l’on n’aurait pas eu les moyens de réaliser autrement (par manque de budget, de compétences, etc.)

2/ Le no-code un bon moyen de prendre le chemin le plus court vers ce que l’on veut réaliser, en réduisant les temps nécessaire entre l’idée et la réalisation

3/ Le no-code est un bon moyen de minimiser les risques : je commence par créer un prototype qui fonctionne, je teste mon idée, et si celle-ci fonctionne et est utilisée, alors j’investis dans une application codée

4/ Le no-code est un bon moyen d’avoir la main sur sa réalisation, et de ne pas dépendre d’un professionnel pour les évolutions et les modifs

5/ Le no-code est un bon moyen de se concentrer sur la vraie valeur ajoutée apportée à l’utilisateur-ice, ainsi que sur les méthodes et approches qui permettent d’apporter celle-ci (agilité, approche lean startup, pensée design, etc.)

Le contournement, c’est aussi l’approche qui, alliée à celle du détournement d’un usage ou d’un outil, est en résonance avec l’esprit hacker, qui cherchera à résoudre des problèmes, à construire des choses, en cherchant souvent la solution la plus simple.

En revanche, nous pensons que si le no-code est souvent le chemin le plus rapide pour atteindre ses objectifs, cela ne signifie pas forcément que c’est le meilleur.

En effet, une partie de notre équipe vient du monde du développement web. Nous voyons tout à fait les limites que le no-code peut rapidement atteindre dans certains cas, parmi lesquelles un manque de profondeur des fonctionnalités, d’avancement des architectures, comparé à ce que des développeurs expérimentés peuvent accomplir.

Et ce même si des applications ont démontré que le no-code pouvait être une solution robuste et pérenne, qui permet de porter loin certains produits et projets (Cf. les exemples de Finance Dividend et de Plato).

No-code = Anti-code ? La réponse est non.

D’aucuns pourraient se demander : “Mais si vous prônez le no-code comme solution ultime, cela signifie-t-il que vous recommandez d’éviter d’apprendre le code ? De travailler avec des développeur-se-s web et des programmeur-se-s ? Voire que vous souhaitez leur disparition ?”

A ces trois allégations nous répondons clairement : “non”.

Code VS programmation

Avant tout, il est essentiel de distinguer les notions de “code” et de “programmation”, qui font largement l’objet d’une confusion généralisée chez le grand public.

Lorsque j’écris un message en Morse, je code. Je traduis un message sous une forme différente.

Lorsque je programme mon lave-linge sur un programme d’une heure à 30 degrés, suivi de 30 minutes de séchage, je programme. Je programme la machine en vue qu’elle exécute une suite suite d’ordres.

Lorsque j’écris du code informatique pour qu’un paiement soit impossible sur mon site si le panier est inférieur à 5€, je programme une fonctionnalité de mon site web en écrivant du code informatique. Donc je programme, en codant mes ordres.

C’est pourquoi on peut considérer que lorsque j’utilise un outil no-code pour créer une application, je programme celle-ci, mais sans utiliser de code. J’utilise une interface visuelle au lieu d‘utiliser un langage informatique.

No-code VS code

La maturité croissante des technologies no-code signifie-t-elle qu’il faut cesser de travailler avec des programmeurs qui codent ? Non.

Le no-code ne peut pas remplacer le travail de professionnels expérimentés, notamment sur :

  • des fonctionnalités et architectures avancées
  • des designs d’interface très personnalisés
  • plus globalement, sur des savoir-faires qui sortent du cadre du code (expérience utilisateur, conseil stratégique, etc.)

C’est pourquoi nous prônons essentiellement l’adoption de solutions no-code dans des cadres guidés par une approche lean startup (expérimenter rapidement son idée en prototypant, testant, et améliorant) et frugale (faire beaucoup avec peu, atteindre ses objectifs avec les moyens du bord).

D’ailleurs, en fonction du besoin et du contexte, il nous paraît être une bonne suite logique que des outils prototypés avec du no-code soient ensuite refondus par des développeur-se-s, une fois le concept testé et validé.

Cela signifie-t-il qu’il faut arrêter d’apprendre le code ?

L’équipe de >Contournement> est essentiellement composée de profils qui ont été des acteurs précurseurs de la formation au développement web – expression à préférer au “code”, selon nous.

Selon >Contournement>, il y a énormément de valeur à apprendre le “code”, si c’est dans la perspective d’aller jusqu’à maîtriser des compétences et des bonnes pratiques solides en programmation, alliées à d’autres connaissances clefs du domaine (pensée design, architecture, stratégie, etc.).

En revanche, notre vision est que le no-code participe de progrès technologiques qui doivent inviter à questionner la viabilité et la pérennité de compétences en code qui se limitent à la base.

Parmi ces autres technologies qui menacent des compétences peu qualifiées en code et programmation, on peut par exemple citer des outils facilitants (comme les frameworks front-end), ou l’intelligence artificielle.

Pourquoi apprendre les technologies “no-code”?

Concernant l’apprentissage du no-code à des fins de professionnalisation et d’insertion professionnelle, nous considérons qu’à ce jour l’offre sur le marché du travail n’est pas assez mûre.

En revanche, nous considérons que l’apprentissage du no-code peut être un excellent levier de compréhension de la programmation informatique. En effet, si je construis une application avec des outils no-code, les concepts et logiques sont les mêmes que si je la construisais en écrivant du code. C’est le mode de réalisation qui est différents (j’utiliser des interfaces visuelles).

Un peu d’histoire : une démocratisation déjà en marche avant le no-code

Dans les années 2000 – 2010, pour créer des sites et des applications web/mobile, il n’y avait quasiment pas d’autre choix que d’utiliser des technologies se basant sur du code – c’est-à-dire qu’il fallait écrire des lignes de HTML, CSS, JAVA, PHP ou autre langage de programmation pour décrire ce que l’ordinateur devait afficher ou exécuter.

Pour maîtriser ces technologies, il fallait y avoir été formé-e (ou être un-e autodidacte passionné-e et persévérant-e), les avoir pratiquées pendant plusieurs années, et travailler au sein d’une équipe solide.

Autour de 2010, des technologies plus accessibles à des non-experts ont commencé à maturer :

  • pour la réalisation de sites web simples, des outils commençaient proposer de ne manipuler que du visuel, en ne nécessitant pas de coder. WordPress ou Squarespace font par exemple partie de ces outils, communément appelés “CMS”.
  • pour la réalisation de sites et applications complexes, d’autres outils permettaient de programmer plus rapidement en proposant :
    • des langages de programmation plus expressifs pour l’être humain – le langage Ruby par exemple
    • et/ou une structure ou des briques existantes – des frameworks comme Bootstrap, Rails, Angular ou Meteor ont par exemple permis à des débutant-e-s de se former plus rapidement sur la création de sites et applications web, en la rendant plus accessible.

Mais dans ces deux cas, il fallait quand même maîtriser le code, la programmation informatique au sens premier du terme, et les outils du développement web.

C’est entre 2012 (environ) et 2019, que les technologies “no-code” sont petit à petit apparues. Elles permettaient de développer des sites web avancés et des applications web/mobile complexes, sans avoir à taper une ligne de code. Uniquement en manipulant des éléments visuels.

Et c’est principalement après 2015 que des applications créées sur des app-builders (ces outils faits pour construire des applications), comme Bubble.is, ont commencé à être mises en ligne, et à accueillir des volumes d’utilisateurs importants.

Puis c’est après 2018 qu’une nouvelle génération d’outils, qui repensaient complètement les concepts de bases de données et de documents (comme Coda ou Airtable), ont commencé à se développer.

Conclusion

Telle est notre vision du no-code.

Nous avons la conviction que ces technologies ont un potentiel de libération d’idées et d’énergies que l’on a encore du mal à mesurer.

Un potentiel également d’égalisation de ce que tout un chacun peut faire avec les outils numériques, sans avoir à être légitimes techniquement pour être légitimes dans leur projet et leur vision.

Un potentiel également de démocratisation de ces moyens d’action, pour des profils ou des initiatives qui demeuraient jusqu’alors exclues de ces leviers à forte valeur ajoutée.

Nous sommes des partisans convaincus de l’auto-discipline que de chacun devrait avoir avec ses usages, et du recul critique que l’on devrait systématiquement appliquer, concernant l’impact que les nouvelles technologies de l’information et de la communication sur nos sociétés ont sur notre monde.

Le no-code en est une nouvelle composante, dont l’impact risque d’être extrêmement important.

Comme tout outil, ces impacts pourront prendre des forme extrêmement diverses, des plus bénéfiques aux plus néfastes.

Et celles et ceux qui maîtriseront ces technologies pourront être acteur-ice-s de ces impacts.

Car il n’y a pas de fatalisme technologique. Les technologies seront ce que nous en feront.

L’équipe >Contournement> : Erwan Kezzar, Laure Pichot, Alexis Kovalenko, Charlotte Limousin